Actionnariat salarié

Mettre en oeuvre un plan d’attribution de BSPCE en 4 étapes

Vous souhaitez attribuer des BSPCE à vos salariés ? Vous ne savez pas comment faire ou par où commencer ? Découvrez les étapes à suivre !


Outils d’intéressement au capital social, les bons de souscription de parts de créateurs d’entreprise (BSPCE) sont très utilisés par les entreprises en croissance pour fidéliser et motiver leurs équipes.

Dans la pratique, quelles sont les étapes à suivre pour émettre des BSPCE et les attribuer ? Voici les 4 étapes essentielles à suivre pour mettre en œuvre votre plan d’attribution de BSPCE.

💡 A savoir

  • La décision d’attribution doit se préparer avec la validation de l'attribution par les actionnaires suivie par une AGE. (BOFIP du 27 mars 2024)
  • La documentation (plan, lettre d’attribution, mini-pacte) est déterminante : c’est elle qui fixe les règles concrètes (vesting, départ, exercice, etc.).
  • Point sensible à sécuriser : la fixation du prix d’exercice et sa justification (méthode, justification des décotes le cas échant). (BOFIP du 27 mars 2024)
  • En cas de doute sur un point fiscal (prix, décote, éligibilité d’un bénéficiaire, traitement d’une opération intercalaire), il est essentiel de se faire accompagner par un avocat. 

 

1. Consultez vos actionnaires

Rappelons que les BSPCE constituent des options de souscription conférant à leur bénéficiaire le droit de souscrire des actions au sein de la société émettrice. Ainsi, en cas de souscription des actions auxquels les BSPCE donnent droit, le bénéficiaire peut acquérir la qualité d'actionnaire, ainsi que les droits qui y sont attachés (droit de vote ou encore droit aux dividendes).

La décision d’attribution relève de la compétence exclusive de l'assemblée générale extraordinaire de la société. En effet, comme le rappelle l'article L228-92 du code de commerce,  la décision d’émettre des valeurs mobilières donnant accès au capital doit préalablement être autorisée par les actionnaires réunis en AGE.

💡 A savoir

L’émission de BSPCE n’est possible que dans les sociétés par actions (SA, SAS, SCA) selon l'article 163 bis G du code des impôts.

 

Par conséquent, la procédure d’attribution doit débuter par une consultation de vos actionnaires au travers d'une assemblée générale extraordinaire ou d'une consultation écrite (si vos statuts le permettent), afin d'obtenir leur approbation.

L'autorisation des actionnaires doit porter sur plusieurs points distincts :

  1. L'émission des BSPCE ;
  2. L'émission des actions résultant de l'exercice des BSPCE et l'augmentation de capital qui en découle ;
  3. La renonciation des actionnaires actuels à leur droit préférentiel de souscription sur les BSPCE (article L225-138 I du code de commerce).

Afin de permettre à vos actionnaires de se prononcer sur ces différents points, vous devrez établir deux rapports :

1️⃣ Un rapport de l'organe dirigeant (article R225-113 du code de commerce) détaillant :

  • Les motifs de l'augmentation de capital proposée et son montant maximal ;
  • Ia marche des affaires sociales de la société pendant l'exercice concerné ;
  • Les conditions d'attribution des BSPCE ;
  • Le délai d'exercice des bons.

2️⃣  Un rapport spécial du commissaire aux comptes (CAC) (article R225-115 du code de commerce) exposant son avis sur :

  • La proposition de suppression du droit préférentiel ;
  • Le choix des éléments de calcul du prix d'exercice ;
  • L'incidence de l'émission sur la situation des titulaires actuels de la société.

La consultation des actionnaires est également l'occasion de faire voter une délégation de compétence à l'organe de direction en vue de la mise en oeuvre du plan d'attribution.

Cette délégation (aussi appelée "pool") peut porter sur :

  1. Les caractéristiques des BSPCE (modalités de souscription etc.) ;
  2. Le prix d'exercice des bons de souscription attribués ;
  3. La liste des bénéficiaires ;
  4. Les quote-parts attribuées à chaque bénéficiaire.

En vertu de l'article L225-138 III du code de commerce, l’émission doit avoir lieu dans un délai de 18 mois à compter de la décision d’attribution prise en AGE.

💡 A savoir

Si vous faites voter une délégation, l'organe dirigeant doit présenter un rapport complémentaire décrivant les conditions définitives de l'opération lors de la prochaine assemblée générale ordinaire. Ce rapport doit être certifié par un CAC.

 

2. Rédigez vos documents modèles

Une fois la délégation approuvée, vous devez vous concentrer sur la rédaction de la documentation juridique liée à l'attribution de BSPCE.

Pour prévoir l'attribution, trois types de documents sont nécessaires :

1️⃣ Un plan d'attribution 

Aussi appelé "Règles du plan" ou "Termes et Conditions", ce plan doit détailler les modalités de l'attribution et notamment:

  • Les caractéristiques du BSPCE (type et nombre d'actions sous-jacentes auquel il donne droit, durée de validité...) ;
  • Le calendrier d'exercice ;
  • Le plan en cas de départ du salarié (démission, licenciement ou départ à la retraite par exemple).

2️⃣ Une lettre d'attribution 

Si le plan d'attribution est commun à tous les attributaires du plan, la lettre d'attribution détaille quant à elle les dispositions spécifiques à chaque bénéficiaire.

La lettre mentionne notamment la quote-part attribuée au bénéficiaire dans le cadre de son attribution, la date de début d'acquisition, ou encore le prix d'exercice du BSPCE.

3️⃣ Un engagement contractuel (ou mini-pacte) 

Dans le cas de l'exercice de ses BSPCE, le bénéficiaire devient actionnaire de la société. Il est donc important qu'il adhère, au moment de l'attribution, aux dispositions du pacte d'actionnaires conclu entre les fondateurs et les investisseurs de la société.

Cela permet de garantir l'acceptation, par le bénéficiaire, des termes négociés avec vos investisseurs (tag along, drag along, ou encore liquidation préférentielle).

Il est également commun de prévoir dans le mini-pacte une promesse de cession d’actions par le bénéficiaire en cas de départ de la société. Cela permet à l’entreprise d'éviter, lors d’un départ conflictuel, de se retrouver avec un associé belligérant dans sa table de capitalisation.

Au vu de l'importance de ces dispositions, et des implications qu'elles peuvent entraîner sur l'actionnariat de votre société, il est vivement conseillé de vous faire accompagner par un conseil juridique lors de la rédaction de cette documentation.

 

3. Établissez une liste de vos bénéficiaires de BSPCE

La prochaine étape de la procédure d'attribution consiste à établir la liste des bénéficiaires des actions et à déterminer le nombre de bons qu’il leur sera distribué.

Cette liste doit être établie en fonction de la politique d'attribution de la société. En effet, si certaines sociétés font le choix d'attribuer des BSPCE à l'ensemble des salariés, d'autres préfèrent réserver l'attribution à une catégorie spécifique de salariés (top management, personnes clés, etc).

Il est donc important d'avoir à l'esprit les motivations qui vous ont conduit à mettre en place votre plan d'attribution lorsque vous prenez une telle décision et d'impliquer l'ensemble des personnes décisionnaires au sein de l'entreprise dans cette réflexion.

Vous devez également vous positionner quant aux quantités attribués: est ce qu'elles seront établies en fonction du salaire, du type de poste occupé ou de la séniorité ?

Là encore la réponse dépendra de votre politique d'attribution et des objectifs que vous vous êtes fixés.

 

4. Réalisez vos attributions 

Une fois que vous vous serez décidé sur la liste des bénéficiaires et quantités à attribuer, il ne vous reste plus qu'à faire signer, par chacun de vos bénéficiaires, sa documentation juridique pour formaliser l'attribution. Les bons de souscription d'actions sont enfin distribués dans les conditions prévues par le plan.

Lorsque vous arrivez à cette étape, gardez à l'esprit que beaucoup de salariés ont très peu de connaissances sur le sujet, et risquent de ne pas pleinement réaliser l'ampleur de l'opportunité qui leur est offerte. Il est ainsi important que vous communiquiez avec eux pour leur expliquer leurs droits ainsi que les conditions de l'attribution.

Vous pouvez alors officialiser ce moment en réunissant vos salariés pour envoyer un message positif et les faire adhérer à votre vision afin d'assurer la croissance de l'entreprise.

Il est également envisageable de privilégier des entretiens individuels avec chacun des bénéficiaires.

Pour organiser une telle communication, n'hésitez pas à impliquer votre responsable de ressources humaines, qui du fait de sa proximité avec les salariés et de son expérience, peut être d'une grande aide !

 

Et ensuite ?

Une fois vos attributions de BSPCE réalisées, vous devez assurer le suivi du vesting, gérer les demandes d'exercice, et organiser les départs de salariés lorsqu'il y en a.

Chez Equify, nous vous proposons de vous accompagner tout au long du processus d’attribution des BSPCE. En effet, nous vous assistons lors de :

  • L’organisation de votre plan d’attribution (organisation des modalités d’émission des BSPCE, rédaction personnalisée de votre documentation juridique et signature électronique de celle-ci) ;
  • La gestion des événements qui succèdent l’attribution des BSPCE (exercice et souscription des actions sous-jacentes, départ, etc).

 

Sources

1. article L225-138 I du code de commerce

2. article L225-138 III du code de commerce

3. article R225-113 du code de commerce

4. article R225-115 du code de commerce

5. BOFIP du 27 mars 2024

6. article 163 bis G du code des impôts

7. article L228-92 du code de commerce

 

Quels documents faut-il préparer pour une attribution de BSPCE (et à quel moment) ?

En pratique, on retrouve :

  • Le rapport de l'organe de direction : Indispensable pour exposer les motifs de l'émission à l'AGE.
  • Le procès-verbal d'AGE : Autorisation de l'émission, suppression du DPS (Droit Préférentiel de Souscription) et délégation de compétence au Board.
  • Le Règlement du Plan : Document cadre définissant les conditions de vesting, les clauses de leavership et les modalités d'exercice.
  • La Lettre d'Attribution : Document contractuel individuel précisant le nombre de bons, le prix d'exercice et le calendrier spécifique.
  • Le bulletin de souscription et l'adhésion au Pacte d'Associés : Pour anticiper l'entrée du bénéficiaire au capital.

 L’enjeu est d’éviter les incohérences entre ces documents.

Quel est le bon niveau d'information dans la communication aux bénéficiaires ?

Une communication structurée doit porter sur :

  • La mécanique de Vesting et de Cliff : Préciser si le déclenchement est purement temporel ou lié à des KPI de performance.
  • La fiscalité de sortie : Distinguer le gain de souscription et le gain de capital, et alerter sur l'impact de la durée de présence (seuil des 3 ans) sur le taux d'imposition.
  • Les fenêtres d'exercice : Clarifier les événements de liquidité (Exit) vs l'exercice anticipé.

Comment sécuriser la fixation du prix d'exercice (Strike Price) ?

C'est le point de vigilance majeur lors d'un contrôle fiscal. Le prix d'exercice doit refléter la valeur réelle des titres au jour de l'attribution.

  • En cas de levée de fonds récente : le prix doit être aligné sur celui des investisseurs, sauf à justifier d'une décote d'illiquidité (généralement admise entre 20% et 50%) liée à l'absence de droits préférentiels attachés aux actions ordinaires issues des BSPCE.
  • En cas de rapport de valorisation : il est impératif de conserver une note de valorisation interne ou un rapport d'expert justifiant la méthode retenue (DCF, multiples de marché ou transactionnels).

Quelles sont les subtilités des clauses Good / Bad Leaver ?

Ces clauses visent à s'assurer que seuls les contributeurs actifs (ou ceux ayant loyalement rempli leur mission) conservent un intérêt au capital.

1. Le Good Leaver : La préservation des droits acquis

Le statut de Good Leaver s'applique par défaut à toutes les situations de départ qui ne sont pas qualifiées de "fautes". C'est la reconnaissance que le collaborateur a "mérité" ses titres.

  • Périmètre : Il couvre généralement la démission (après une période de présence minimale), le licenciement pour cause réelle et sérieuse (non fautif), l'incapacité, le décès ou le départ à la retraite.
  • Traitement des titres : Le Good Leaver conserve l'intégralité de ses bons déjà acquis (vestés) au jour de son départ. En revanche, le reliquat des bons non encore acquis est caduc.
  • La subtilité de l'exercice : Être Good Leaver donne le droit de garder ses gains, mais impose souvent une contrainte de liquidité : le bénéficiaire doit décider s'il achète ses actions immédiatement (exercice) ou s'il attend un événement futur, selon ce que prévoit le règlement du plan.

2. Le Bad Leaver : Le mécanisme de "sanction" et de "rattrapage"

Le Bad Leaver est conçu pour dissuader les comportements préjudiciables à la société.

  • Périmètre : Faute grave ou lourde, violation d'une clause de non-concurrence, ou démission prématurée (avant un certain délai, souvent appelé "cliff").
  • Traitement des titres : Il entraîne la caducité immédiate de tous les bons (acquis ou non). Si le bénéficiaire possédait déjà des actions issues de BSPCE exercés, le règlement prévoit souvent une promesse de vente forcée au profit de la société ou des fondateurs, généralement à la valeur nominale (soit un prix très inférieur à la valeur de marché).

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