Dispositif d’actionnariat salarié privilégié par les startups, les BSPCE permettent d’associer les employés au capital social de la société dans des conditions juridiques et fiscales optimisées. Ils sont un moyen d’attirer et de fidéliser les talents nécessaires au développement de la société.
Leur succès auprès des jeunes entreprises s’explique par la simplicité de leur mise en place, ainsi que par leur fiscalité favorable. Mais qu’en est-il pour les salariés ?
En réalité, ce mécanisme est souvent mal compris par les employés qui le perçoivent comme complexe. Or, une bonne compréhension, par les bénéficiaires, du fonctionnement et des enjeux du dispositif de BSPCE est indispensable à la réussite du plan d’attribution.
BSPCE : qu’est-ce que cela signifie pour les salariés ?
Le dispositif des BSPCE a été introduit par la loi du 30 décembre 1997 de finances pour 1998 et codifié à l’article 163 bis G du Code général des impôts.
Il permet aux jeunes entreprises d'associer leurs collaborateurs au développement de la société en leur attribuant des bons de souscription de parts de créateur d'entreprise — d'où l'acronyme BSPCE. Ces bons confèrent à leur titulaire le droit de souscrire des actions à un prix fixé définitivement au jour de l'attribution.
Concrètement, le salarié bénéficiaire peut ainsi devenir actionnaire de la société qui l'emploie, et exercer à ce titre les droits attachés à cette qualité (droit de vote, droit à l'information, participation aux assemblées générales).
L'intérêt principal du mécanisme tient à la fixité du prix d'exercice : celui-ci ne peut être relevé après l'attribution. Si la valeur des actions augmente entre la date d'attribution et celle de l'exercice du bon — ce qui est l'hypothèse visée dans une startup en croissance — le bénéficiaire acquiert ses actions à un prix inférieur à leur valeur de marché. Il réalise alors une plus-value potentielle lors de la cession, égale à la différence entre le prix de cession et le prix d'exercice.
Dans quelles conditions les BSPCE sont-ils attribués aux employés ?
Les BSPCE sont attribués gratuitement aux salariés selon la politique définie par la société émettrice. En application de l'article L228-94 du Code de commerce, le contrat d’émission détermine les conditions et les modalités d’attribution des bons :
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- Nature et nombre d’actions sous-jacentes ;
- Prix d’exercice ;
- Vesting ;
- Période d’exercice.
Prix d’exercice
Si les BSPCE sont attribués gratuitement, leur exercice reste conditionné au paiement d'un prix — appelé prix d'exercice, ou strike price — correspondant au montant auquel le salarié peut acquérir l'action sous-jacente.
Ce prix est fixé par la société émettrice dans le plan d'attribution, et correspond en principe à la valeur de l'action au jour de l'attribution. Une fois les documents contractuels signés par le bénéficiaire, il ne peut plus être modifié.
Décote et prix d'exercice
On parle de décote lorsque le prix d'exercice est inférieur à la valeur estimée de l'action au moment de l'attribution (souvent désignée par l'expression fair market value). Cette situation peut s'expliquer par divers facteurs : illiquidité des titres, restrictions de cession, méthode de valorisation retenue, etc. Elle n'est pas systématique.
Conditions d'acquisition (ou de vesting)
Les BSPCE ne sont pas exerçables immédiatement : ils s'acquièrent progressivement selon les conditions définies dans le plan d'attribution. Ce mécanisme poursuit généralement deux objectifs :
- Fidéliser les collaborateurs, en conditionnant l'accès aux actions à une durée minimale de présence dans la société ;
- Impliquer les bénéficiaires dans la performance de l'entreprise, en liant l'exercice des bons à des objectifs individuels ou collectifs.
En pratique, la durée de vesting est le plus souvent de quatre ans. À l'issue d'une première année de présence (la période de cliff), le salarié débloque généralement 25 % de ses bons. Si le salarié quitte la société avant ce terme, il perd l'intégralité des bons attribués. Les 75 % restants s'acquièrent ensuite de manière linéaire, le plus souvent mensuellement ou trimestriellement, jusqu'au terme du plan.
À cela s'ajoutent deux autre mécanismes d'acquisition. Une attribution peut dépendre d'un calendrier et ou de l'atteinte d'objectifs de performance (précisément définis) et ou de la survenance d'évènements spécifiques.
Clause d’accélération
Certains plans d'attribution prévoient une clause d'accélération, qui permet aux salariés d'exercer la totalité de leurs bons de manière anticipée en cas de changement de contrôle de la société (typiquement lors d'une acquisition ou d'une fusion). Le vesting en cours est alors réputé achevé, quelle que soit la durée déjà écoulée.
Clause de suspension
Il existe également des clauses prévoyant la mise en place de suspension de vesting, par exemple dans le cadre d'un congés sabbatique. Le vesting est ainsi suspendu du départ jusqu'au retour de l'employé.
Comment les exercer ?
L'exercice des BSPCE suit en principe deux étapes : la signature d'un bulletin de souscription, puis le versement du prix d'exercice correspondant aux actions souscrites.
Ce versement peut représenter un montant significatif. Pour le financer, deux options sont couramment utilisées :
- L'emprunt bancaire, qui permet d'avancer le strike price et de rembourser ultérieurement, idéalement lors de la cession des titres ;
- Le cash-less, mécanisme par lequel l'exercice et la revente interviennent simultanément dans une fenêtre de liquidité, sans que le salarié n'ait à avancer durablement le prix d'exercice. Sa faisabilité dépend du contexte de l'opération et des intermédiaires impliqués.
Une fois l'exercice réalisé, le salarié devient actionnaire et figure dans la table de capitalisation de la société.
Comment vendre les actions issues de l’exercice des BSPCE ?
Les actions issues de l'exercice de BSPCE sont, dans la grande majorité des cas, des titres de sociétés non cotées. Leur cession n'est donc pas libre : elle est conditionnée à l'existence d'un événement de liquidité.
Les principaux événements permettant une cession sont :
- L'introduction en bourse (IPO), qui ouvre un marché secondaire pour les titres ;
- Le rachat de la société, dans le cadre d'une acquisition ou d'une fusion ;
- Certaines levées de fonds, qui peuvent inclure une fenêtre de liquidité secondaire selon la structuration de l'opération.
En dehors de ces événements, certaines sociétés organisent ponctuellement des fenêtres de liquidité, notamment dans des situations personnelles particulières (mais cela reste une faculté, non une obligation).
Techniquement, un actionnaire salarié peut céder ses titres de gré à gré. En pratique, cette cession est encadrée par le pacte d'actionnaires, qui prévoit généralement des mécanismes de contrôle comme le droit de préemption, permettant à la société ou aux actionnaires existants de filtrer l'entrée de nouveaux associés.
Conclusion
Les BSPCE constituent un mécanisme d'intéressement puissant, qui permet aux salariés de participer à la création de valeur de la société qui les emploie. Lorsque les conditions sont réunies (croissance de la valorisation, événement de liquidité, vesting accompli) ils peuvent représenter un gain significatif.
Pour en tirer pleinement parti, quelques réflexes s'imposent : comprendre les modalités de son plan, connaître le prix d'exercice et la valeur de référence retenue, anticiper les étapes de vesting et les scénarios de liquidité. Autant d'éléments qui permettent de transformer un droit théorique en bénéfice concret.
En définitive, les BSPCE sont le reflet d'un pari partagé entre la société et ses collaborateurs sur la réussite du projet commun.